Pour une évolution de la formation initiale en droit

Le 10 juin 2016, Axel Jurgensen a publié un article dans La Vie Eco sur le profond bouleversement des modalités traditionnelles d’enseignement du droit :

Preuve s’il en fallait du changement de paradigme du droit dans l’entreprise, la formation initiale est en ébullition dans le monde. Au Maroc, les réformes menées dans plusieurs facultés de droit pour donner aux cours une visée plus pratique et faire intervenir davantage de praticiens issus tant du monde de l’entreprise que de cabinets d’avocats en sont une illustration, et l’ouverture accrue d’écoles de commerce telles que l’ISCAE à des thématiques récurrentes de droit des affaires en sont une autre. En Europe et outre-Atlantique, de nouveaux cursus et de nouvelles expérimentations apparaissent également, que ce soit avec des doubles diplômes et expériences à cheval entre la faculté de droit et l’école de commerce (créations en France de l’Edhec Business School, de l’Ecole de droit de Sciences Po, de l’Essec Business School et de la majeure stratégie juridique et fiscale au sein d’HEC, par exemple), ou encore le développement des « Clinical Legal Studies » en France et aux Etats-Unis.

Cette saine remise en question s’explique essentiellement par une évolution de l’expertise requise pour le juriste et l’avocat. En effet, si les compétences, la démarche et la réflexion juridiques restent des fondamentaux indispensables et au cœur de la formation en droit, elles ne sont plus suffisantes eu égard aux enjeux macroéconomiques, culturels et géopolitiques actuels. Ces enjeux, associés à leur globalisation, imposent aujourd’hui au juriste d’entreprise et à l’avocat de parler plusieurs langues bien sûr, mais aussi de pouvoir appréhender plusieurs cultures et systèmes de valeurs, de comprendre tant la microéconomie d’une entreprise, sa comptabilité, ses finances, que l’impact que cette dernière peut avoir en termes d’environnement, de droits humains ou sur la société dans son ensemble. Dès lors, il nous semble nécessaire qu’à côté de l’excellent et indispensable enseignement que les étudiants reçoivent aujourd’hui dans les universités de droit, des enseignements dans des matières telles que les sciences humaines et sociales, la macroéconomie, la géopolitique, la communication interpersonnelle et interculturelle, la gestion de projet, ou encore le management deviennent partie intégrante de l’apprentissage.

Le développement actuel de l’expérimentation des « Clinical Legal Studies » dans les grandes universités et écoles de droit pourrait apporter une réponse à ce besoin de praticité et d’appréhension du monde réel, en permettant aux étudiants d’analyser et de résoudre des situations et cas concrets que ce soient des contentieux, des transactions, des médiations, avec l’appui des meilleurs praticiens.